—C'est vraisemblable. Place Mazas, on ne connaît pas, dans ses moindres détails, la chronique des nobles faubourgs. Et comment se débarrassa-t-il de cette pauvre dame?
—J'ai ouï parler de cela longtemps après notre mariage, balbutia Lily: une scène de jalousie...
—Le flagrant délit! Nos codes modernes ont, comme cela, des commentaires très dramatiques.
—Mais savez-vous, s'interrompit-il en prenant à la main un de ses carrés de papier, qu'étant donné le caractère et les mœurs de ce bon M. de Chaves, je n'aime pas beaucoup cette note déjà citée: «Soupçon, fausse absence; aujourd'hui, 19 août 1866, monsieur de Chaves, revenu secrètement—en embuscade pour surprendre sa femme.»
—À la volonté de Dieu, murmura la duchesse.
—Permettez, je n'ai pas achevé: «la voit partir à cheval avec le jeune comte Hector de Sabran, Grand-Hôtel, 38».
Leurs regards se croisèrent. Celui de la duchesse exprimait une haute et sereine fierté.
—Sans doute! murmura Saladin, répondant à ce regard; vous êtes la vertu même, je m'y connais! mais cela ne suffit pas avec un gaillard comme notre grand de Portugal de première classe. Qui sait si l'autre duchesse n'était pas aussi une sainte? Elle est morte, que Dieu ait son âme! vous l'avez remplacée, tâchons de nous bien tenir! L'intérêt de madame la marquise de Rosenthal exige désormais que vous enleviez à monsieur de Chaves tout prétexte de flagrant délit. Je tiens à vous conserver, ma belle-mère.
La duchesse réprima un mouvement de répulsion et dit:
—Hector de Sabran est le propre neveu de mon mari; néanmoins, à la suite des événements d'hier, j'ai cru devoir lui défendre ma porte.