—Avaleurs de sabres! s'écria le Prince, enchanté, avaleurs de sabres!
Tout le monde répéta triomphalement en regardant Saladin:
—Avaleurs de Sabres!
Monsieur le marquis de Rosenthal avait été d'abord légèrement déconcerté, mais, à la fin de la manifestation, il avait repris son sourire vainqueur; il frappa l'un contre l'autre ses gants sang-de-bœuf, et dit:
—Bravo, mes chers seigneurs! vous êtes moins vieux que je ne croyais, je vous dois cette justice, et vous avez sabré ma chanson avec infiniment d'esprit. Bravo! encore, et tant mieux! Entre gens d'esprit on a moins de peine à se comprendre. Venons donc au fait. Demain monsieur le duc de Chaves, déjà nommé, aura, dans son hôtel du faubourg Saint-Honoré, une somme ronde de quinze cent mille francs.
—Vous vous trompez, mon petit monsieur, s'empressa de dire Annibal Gioja, la somme ronde est de deux millions.
Saladin se tourna vers lui avec lenteur:
—Ah! fit-il.
Puis son regard revint vers le groupe qui lui faisait face, comme pour lui demander: est-ce vrai?
Comayrol lui adressa un petit signe de tête moqueur que le bon Jaffret traduisit ainsi: