Le docteur le regarda avec inquiétude.
—Jamais je ne me charge de rien de semblable..., murmura-t-il.
—Vous ne m'avez pas compris, poursuivit Saladin, il s'agit tout simplement de le faire déjeuner, bien déjeuner... déjeuner si bien qu'il s'endorme à la fin du repas.
—Cela se peut, mais rien que cela.
—Attendez. Comme il nous a rendu service, il ne serait pas généreux de le jeter ivre ou endormi sur le trottoir. Vous avez bien un trou, une décharge; vous le mettrez à cuver son vin dans un coin, et demain...
—C'est que nous serons terriblement occupés demain, dit le docteur.
—Certes, certes. Aussi, comme il aura la tête lourde, on lui donnera quelque potion qui le tiendra en repos. Après-demain, ou tout au plus tard le jour qui suivra, ne vous inquiétez pas, je me charge de lui.
—Eh bien! voilà qui est entendu, reprit-il tout haut en quittant l'embrasure, ce bon docteur se charge d'acquitter ma dette... ah! ah! maître Languedoc, s'il n'est pas peintureur comme toi, c'est du moins un fier gastronome! La petite et moi nous allons faire une course et nous revenons nous mettre à table. Vous pourrez grignoter les hors-d'œuvre en nous attendant. À bientôt! vieux, je suis content de toi et tu auras fait une bonne journée.
Sur ce, monsieur le marquis de Rosenthal offrit son bras à mademoiselle Guite, et tous deux sortirent.
Languedoc resta un peu déconcerté, mais le Dr Samuel, entrant franchement dans son rôle, lui offrit un cigare et lui demanda des explications sur son travail de tout à l'heure avec un empressement si bien joué que Languedoc, heureux de montrer sa science, perdit toute inquiétude.