Dans la baraque, à gauche, mademoiselle Freluche était couchée sur un sac de paille, à droite Cologne et Poquet, dit Atlas, s'étendaient tout habillés sur deux tas de rubans de menuisier.

Tous les trois ronflaient.

Saladin savait ramper comme une couleuvre. Il s'approcha sans bruit du trombone et de la clarinette et profita des premiers rayons du jour pour inspecter les poches de leurs pantalons. Poquet, malgré les folies qu'il faisait pour les dames, avait la prudence des bossus. Dans le gousset, où d'autres mettent leur montre, il cachait trois pièces de vingt sous, ressource amassée pour les jours difficiles.

Saladin les lui emprunta sans remords.

Cologne ne possédait que soixante-dix centimes. C'était peu. Saladin les préleva tout de même.

Après quoi, toujours rampant, il traversa la scène et se rendit auprès de mademoiselle Freluche.

Dieu a permis que les jeunes filles eussent le sommeil léger, afin de les garder des mille dangers qui menacent leur innocence. Au moment où Saladin éprouvait d'un doigt délicat la poche ménagée dans les plis du jupon de Freluche, elle ouvrit ses beaux yeux languissants et lui dit:

—À la fin te voilà donc un homme, petite drogue! Saladin, malgré son audace, resta déconcerté.

—As-tu toujours ta pièce de deux francs percée? demanda-t-il.

Le front de mademoiselle Freluche se rembrunit.