Le père Justin était étendu comme un mort, sur le dos, les bras allongés le long des flancs. Auprès de lui il y avait une bouteille vide, un bout de chandelle collé au carreau et le volume d'Horace ouvert.
On frappa à sa porte, il ne s'éveilla pas; on frappa plus fort, il demeura immobile.
Alors on entendit des voix sur le carré.
—Est-ce que monsieur Justin serait déjà parti? demanda une de ces voix qui appartenait à une femme.
—Le père Justin ne sort plus guère, fut-il répondu. Il gagne sa goutte à faire par-ci par-là des écritures pour la patronne qui donnerait gros pour l'avoir chez elle, mais le père Justin veut sa liberté.
—Alors pourquoi ne répond-il pas, s'il est là? demanda la voix de femme.
—Le père Justin fait ce qu'il veut, répliqua-t-on encore. Ce n'est pas un homme comme les autres et ceux qui s'y connaissent disent qu'il n'y a pas son pareil dans Paris. La Mahaleur lui a offert un francs cinquante par jour et la goutte pour tenir ses livres comme il faut, mais je t'en souhaite! Il vit de rien; un oiseau n'aurait pas assez du pain qu'il mange, et pour avoir l'air plus saoul que la bourrique du diable, il lui suffit d'un petit verre de n'importe quoi... Ah! ah! j'ai vu le temps où il vous sifflait une demi-bouteille d'absinthe comme une cuillerée de soupe, mais c'est passé.
—Et donne-t-il encore ses consultations?
—Quand ça lui fait plaisir... pas souvent. La plupart du temps il renvoie le monde en disant que ça l'ennuie. Dame, il est si usé, si usé! quoique, des fois, on l'a vu se redresser, ah! mais, haut comme un prince!
La voix de femme conclut: