C'était d'abord, et par rang de sexe, Échalot, directeur adjoint du théâtre de mademoiselle Saphir habillé de bleu barbeau des pieds à la tête, sauf la cravate, qui était orange; c'était ensuite madame Canada, directrice en titre du même établissement, avec une robe de soie jaune, un châle tapis, des gants noirs, des bottines à glands et un bonnet habillé, chargé de feuillage.

Un vrai bonnet «pour les soirées du commerce» qu'elle avait acheté dans le passage du Saumon, grotte de la nymphe qui coiffe les comptoirs élégants, mais économes.

Grâce à Dieu on ne se refusait plus rien chez les Canada. Il y avait sept ans que le passage du Saumon cherchait à placer les branchages de ce bonnet.

Nous devons dire qu'Échalot et sa compagne, déguisés ainsi, étaient bien plus effrayants à voir que dans leurs costumes naturels.

La veuve Canada portait haut; elle avait conscience de la plus-value apportée en elle par son costume. Au contraire, le sensible Échalot ne semblait pas être bien sûr de la convenance de sa toilette. Il avait l'œil inquiet et la tête un peu basse, quoique toutes les glaces, rencontrées sur sa route, lui eussent déclaré à l'unanimité qu'il était charmant.

Le voisin obligeant avait refermé la porte derrière eux, les laissant se débrouiller comme ils l'entendraient.

—Le voilà, dit tout bas Échalot en montrant du doigt le père Justin endormi. Que faut-il faire?

—Tire ton chapeau, répondit madame Canada, d'abord et d'un!

Échalot obéit.

—Après? demanda-t-il. Ça n'a pas l'air qu'il ait envie de s'éveiller.