Il repoussa du pied,-en passant, le volume d'Horace qui gisait dans la poussière.

—Allons! dit-il tout à coup, ce sont de bonnes gens: je ne dormirai pas, voyons leur affaire!

Il se coucha à plat ventre sur la paille, mit sa tête entre ses deux mains relevées sur les coudes, et commença à lire le manuscrit d'Échalot.

Il n'avait pas parcouru la première page que son attention, violemment excitée, le clouait à la lecture de ces pauvres mémoires que le lecteur a suivis peut-être avec un sourire de pitié.

Nul chef-d'œuvre de l'esprit humain n'eût intéressé le père Justin à un si puissant degré.

La lecture dura deux heures, pendant lesquelles Justin demeura immobile et comme enchaîné par son ardente curiosité.

Il n'avait pas été longtemps à deviner. Depuis ce matin, sa pensée était préparée, mais le long de ces pages où la verbeuse inexpérience du saltimbanque déroulait les faits avec lenteur, Justin cueillait les indices, cherchait avec passion la certitude.

La certitude était dans ce détail qu'Échalot, selon sa propre expression, avait gardé pour la bonne bouche.

Quand Justin fut arrivé au signe porté par mademoiselle Saphir que le bon Échalot avait décrit et nommé tout naïvement la Cerise, il laissa aller le manuscrit et resta longtemps absorbé dans son émotion trop forte pour le misérable état de sa cervelle.

L'ivresse était en lui combattue par son grand trouble, mais, plus forte que son trouble, l'ivresse inerte et lourde le gagnait.