—Je ne suis pas une enfant, dit-elle, j'ai essayé de vous fuir. Au lieu de venir au rendez-vous que je vous avais donné là-bas, j'allai loin, bien loin, mais votre souvenir me suivait; je vous cherchais, je relisais vos lettres. Et quand je voyais dans les livres, car je ne sais rien que par les livres, la distance qui nous sépare tous deux, moi, pauvre fille d'une caste méprisée... et ridiculisée, ce qui est plus cruel!—et vous si fier, si beau, noble, riche...

—Oui, dit Hector, je suis riche, et que Dieu en soit loué, puisque ma fortune est à vous!

—Je pensais, poursuivit Saphir comme si elle n'eût point pris garde à l'interruption, que vos paroles étaient celles de tous les jeunes gens, que vos lettres... Ah! c'est vous qui étiez un enfant quand vous écrivîtes ces lettres!

Hector voulut protester. Saphir poursuivit:

—Les livres n'apprennent pas tout, les livres frivoles que j'ai lus, mais ils enseignent du moins le gros de la vie. Non, non, moi, je ne suis plus une enfant; j'ai plus médité peut-être que les jeunes filles de mon âge appartenant au monde, je me disais souvent, très souvent: J'ai bien fait de fuir. Tout est contre moi. Ce serait folie à lui de me chercher, et comment me retrouverait-il? Nous sommes séparés à jamais.

«Et pourtant, je vous attendais tous les jours, s'interrompit-elle. Elle souriait, appuyée qu'elle était des deux mains au bras d'Hector.

Celui-ci contemplait en extase sa délicieuse beauté que l'ombre de la nuit faisait plus suave et presque divine.

Ils allaient lentement, serrés l'un contre l'autre. Les paroles se pressaient sur les lèvres d'Hector, mais il les retenait, écoutant avec ivresse cette voix qui descendait jusqu'au fond de son cœur.

—N'est-ce pas que vous avez toujours pensé à moi un peu? demanda-t-elle soudain avec une gaieté enfantine.

—Vous avez été le rêve de toute ma vie, répondit Hector.