Ils attendirent ainsi longtemps. Minuit sonnait à la pendule quand le bruit sec et vif du talon de monsieur le marquis de Rosenthal attaqua le carreau du corridor.

Le vieux sanhédrin s'éveilla et toutes les têtes se dressèrent plus pâles.

—Messieurs, dit Saladin en entrant et d'un ton très leste, l'heure est avancée, mais je ne suis point en retard: on ne dort pas encore à l'hôtel de Chaves.

Il alla s'asseoir sur le divan, assez loin du cercle qui entourait la table.

—Je suis très las, dit-il, j'ai considérablement travaillé aujourd'hui. Les mesures à prendre étaient fort compliquées, je les ai prises, et désormais nous sommes absolument certains du succès.

—Bravo, Maître! fit le prince tandis que les autres se taisaient. Saladin continua comme s'il eût reçu l'accueil plus sympathique.

—Les deux millions de la commandite vous regardent, messieurs; vous êtes bien sûrs qu'ils sont en caisse?

—Nous en sommes sûrs, répondit Jaffret.

—Moi, reprit Saladin, je puis vous annoncer officiellement que monsieur le duc lui-même a été toucher aujourd'hui les quinze cent mille francs envoyés du Brésil chez messieurs de Rothschild.

—C'est bien de l'argent, fit Comayrol à voix basse.