—Déjà Son Excellence! s'écria Gioja. Il faut nous hâter, mes braves. Du reste, vous serez traités en enfants gâtés; on a enlevé tous les cailloux de votre route. Les deux caissiers brésiliens ont bu ce soir des grogs qui leur donneront de beaux rêves, jusqu'à ce qu'on les éveille à coups de bâton.

Ils arrivaient en bas. Le jardin fut traversé en suivant le mur du rez-de-chaussée. Vers le milieu de la route, Gioja s'arrêta pour prêter l'oreille.

—C'est la pluie, dit un de ses trois compagnons.

De grosses gouttes, en effet, recommençaient à tomber et sonnaient en frappant les branches des arbres.

Nos quatre rôdeurs de nuit entrèrent dans le vestibule des bureaux. Il y avait parmi eux au moins un artiste de talent, car la porte principale fut crochetée en un clin d'œil.

Ils pénétrèrent dans les bureaux mêmes et rendirent tout d'abord une visite de prudence au caissier et au sous-caissier qui dormaient comme des souches, à droite et à gauche de la pièce où se trouvait la caisse.

—Le grog était bien préparé, dit Gioja. À l'ouvrage!

Les querelles entre deux fabricants célèbres ont révélé le néant des serrures à combinaisons et à secret. Ce sont des obstacles insurmontables pour les profanes, mais les véritables adeptes dans l'art s'en moquent comme d'un simple loquet qu'on soulève avec une ficelle.

Un de ces messieurs portait une trousse mignonne et coquette autant que celles des chirurgiens à la mode. Il opéra. La serrure tâtée, sondée, caressée, livra son secret et la caisse ouverte montra des piles d'or avec de monstrueux paquets de billets de banque.

Saladin et les membres du Club des Bonnets de soie noire étaient bien renseignés. La caisse de monsieur le duc de Chaves contenait exactement les deux sommes annoncées.