Elle appuya sa main sur sa poitrine où son cœur bondissait.
Madame de Chaves semblait absorbée profondément par sa lecture.
Nous connaissons la lettre qu'elle tenait à la main; elle avait été écrite, cette nuit même, dans la salle d'attente du rez-de-chaussée, par l'un de ces deux personnages qui avaient demandé madame la duchesse, puis monsieur le duc avec tant d'instance.
La lettre était ainsi conçue:
«Madame, voilà bien des fois que je viens. C'est moi qui vous ai envoyé le portrait de Lily tenant Petite-Reine dans ses bras.
«Petite-Reine n'est pas morte, Justine vit, et vous la retrouverez digne de vous, malgré le bizarre métier auquel le sort l'a réduite. Elle est avec de pauvres bonnes gens qui lui ont été secourables et à qui vous devez de la reconnaissance. Elle danse sur la corde. Elle a nom mademoiselle Saphir.
«Madame, je veux vous voir parce qu'un grand danger la menace—et vous aussi peut-être. Je reviendrai demain matin de bonne heure. Fussiez-vous malade à la mort, il faut que je sois introduit près de vous.»
Ce message était signé d'un nom que Mme de Chaves avait lu tout de suite, avant même de parcourir les premières lignes, et qui éveillait en elle un monde de souvenirs: Médor.
Médor!—Autrefois le brave garçon ne savait pas écrire, et l'écriture de cette lettre ressemblait... Était-ce possible?
Lily se sentait devenir folle.