—On la retrouvera! jamais rien de pareil ne m'est arrivé.

—Oui, oui, fit Médor, qui secoua ses cheveux hérissés, comme s'il se fût éveillé tout à coup, je promets bien qu'on la retrouvera!

Lily revint sur le banc et s'y assit, les mains croisées sur ses genoux. De toutes les parties du Jardins des Plantes, les curieux affluaient maintenant. La perte d'un enfant est malheureusement chose peu rare dans les promenades parisiennes; il n'y a pas toujours vol: l'incurie proverbiale des bonnes et les distractions que leur apportent leurs galants civils et militaires causent des alertes fréquentes.

Il n'est guère de semaines sans qu'on rencontre aux Tuileries quelque rougeaude, essoufflée à force de courir et qui demande aux gens si l'on n'a pas vu Alfred ou Emma, qui s'est perdu.

Le public est très sévère en ces circonstances, et il a raison. La faute de la bonne est invariablement mise sur le compte de «son soldat». Ce n'est pas toujours juste, mais c'est juste beaucoup trop souvent.

On nous a dit que des mesures disciplinaires avaient été prises pour modérer la fougue de ces vaillants cœurs à qui la paix laisse trop de loisirs. Si les mesures n'ont pas été prises, il faudrait les prendre.

La liberté d'action de chacun est chose sacrée; mais d'autre part, certains jeux sont défendus au nom de la morale ou dans l'intérêt de la sécurité générale. Au nom de la sécurité et de la morale, il faut dénoncer ce jeu qui met de si vilains tableaux sous nos marronniers et qui constitue un danger permanent pour les familles.

Ici, rien de semblable ne s'était produit; madame Noblet, par son âge, était au-dessus des séductions, et pourtant, d'un bout à l'autre du bosquet, les groupes répétaient la légende de la Picarde, amusée par son voltigeur, pendant que l'enfant confié à ses soins est entraîné Dieu sait où. La caricature a essayé de provoquer le rire à l'aide de cette terrible histoire de Mars, changé en chenille et infestant nos jardins.

Paris ne demande jamais mieux que de rire, mais il n'est pas désarmé pour cela.

Soyez sûrs que la rancune inexplicable contre l'armée qui apparaît chez nous à de certains moments n'est pas sans connexion avec ces misères. Le bouillon du sapeur, grenadier déclarant sa flamme pendant que le marmot crie et pleure à plat ventre sur le sable, ce ne sont pas là des plaies bien profondes, n'est-ce pas? c'est du moins une irritante démangeaison qui s'attaque justement à des épidermes très susceptibles. Les mères de famille et les maîtresses de maison n'aiment pas jouer des rôles de Prussiennes dans cette parodie de la comédie du pays conquis.