—Je ne veux plus jouer, je ne veux plus jouer... ah! que je souffre!
À ce moment, Médor, lancé comme un boulet de canon, perça la foule de nouveau. Il était baigné de sueur.
Il se rua sur l'homme au teint de bistre qui regardait Lily d'un œil égaré, et le saisit au collet avec violence, en criant:
—C'est lui! le factionnaire l'a reconnu! Il a parlé à la voleuse d'enfants! Si personne ne m'aide à l'arrêter je l'arrêterai tout seul!
[VIII]
La foule
Médor s'appelait de son nom Claude Morin. Il n'en était pas plus fier, attendu que cette étiquette lui avait été fournie par l'administration de l'hospice des Enfants trouvés.
Il était bon chien de berger; peut-être n'aurait-il point su faire autre chose. On lui donnait chez mère Noblet quinze sous par jour et le déjeuner. Le soir, il travaillait en chambre et gagnait encore cinq sous à piquer des bretelles. C'était juste son loyer. Sa chambre lui appartenait en propre; il louait seulement le terrain, au sixième étage d'une maison de la rue Moreau, entre deux toits, dans les plombs.
Sa chambre était une ancienne stalle d'écurie des Arènes nationales, où il avait été balayeur. Il l'avait eue à bon compte, lors de la vente; il l'avait montée, couverte, installée, meublée, cramponnée; il y tenait, ainsi qu'à son ménage, comme tout homme établi tient à son avoir.