Le sergent de ville, défiant par devoir, mais poli à cause du «beau linge», tendait la main d'un air calme et fier.
—C'est un faux milord! suggéra le gamin. Il n'a pas sur lui la preuve de sa naissance!
—Il n'en manque pas, soupira la dame isolée, qui font de la poussière et qui n'ont rien sur eux!
—Voilà plus de vingt ans que je fais les promenades avec succès, disait cependant mère Noblet au second sergent de ville. Un temps qui fut, on aurait serré les pouces de ce polisson-là dans un étau de taillandier jusqu'à ce qu'il ait dit où est la petite et payé gros pour la mère, qui me devrait bien quelque chose en ce cas-là...
—Oh! oh! fit l'assistance en resserrant le cercle, attention! Le voilà qui met la main à la poche! Il a son passeport!
L'étranger, en effet, déboutonnait lentement le revers de sa redingote noire. Il prit dans la poche de côté un portefeuille où il choisit, parmi plusieurs papiers, une simple carte de visite qu'il tendit au sergent de ville.
—En voilà une belle preuve! grondèrent quelques voix.
Mais à la vue du nom gravé sur la carte, le sergent de ville ôta son tricorne comme si c'eût été un simple chapeau bourgeois.
Les deux hommes sans uniforme qui se tenaient à quelques pas échangèrent un regard.
—C'est sûr qu'il a l'air de quelqu'un comme il faut, murmura la dame sans cavalier.