—Et la mère!

—Où est la mère? demanda un des sergents.

Personne ne répondit, parce que la Gloriette venait de se mettre sur ses pieds. Elle semblait attendre que quelqu'un parlât. Le sergent la devina et marcha vers elle.

—Vous allez suivre ces messieurs au bureau de police de votre quartier, lui dit-il avec douceur, en montrant les deux agents. C'est heureux qu'ils se soient trouvés là à la gare, vous ferez votre déclaration. S'il y a des témoins, ils déposeront. La Gloriette avait ses grands yeux fixés sur lui.

—C'est donc moi! murmura-t-elle. Tout ce monde-là est ici pour moi! Et on m'a volé ma Petite-Reine!

Médor la prit dans ses bras pour l'empêcher de tomber à la renverse.

Tous les bruits étaient morts comme par enchantement. Un silence profond entourait cette scène. L'angoisse des mères est contagieuse entre toutes. On voyait un large cercle de figures attristées, dont l'expression avait quelque chose de respectueux.

—Je l'ai quittée ce matin, poursuivit la Gloriette; chaque fois que je la quittais, j'avais peur. Il me semblait que j'étais trop heureuse, et qu'on me prendrait mon bonheur. J'ai pensé à elle tout le long du chemin, à elle, rien qu'à elle. Jamais je ne pense qu'à elle... Etes-vous bien sûr qu'on me l'ait volée? Pourquoi me l'aurait-on volée? À quoi peut-elle leur servir, puisqu'ils ne sont pas sa mère!

Elle disait tout cela lentement et presque à voix basse, mais chacun l'entendait, même aux derniers rangs de la foule.

Deux grosses larmes, les premières qu'elle eût versées, coulaient sur sa joue pâle.