—Et tout ce qu'elle voulait, elle l'avait, dit la marchande. Quand vous n'aviez pas d'argent, je vous faisais crédit de si bon cœur!
—Je l'ai quittée, toute la moitié d'un jour... et on me l'a volée!... Ah! c'est vrai, vrai, vrai!
Ses larmes coulaient avec plus d'abondance, et sa parole prenait plus de volubilité. La fièvre venait.
—Allons, du courage! dit le sergent.
—Toute la moitié d'un jour, répéta la Gloriette. Chaque minute peut apporter un malheur. Ah! celles qui sont riches! celles qui n'ont pas besoin de donner leurs petits à garder!
—C'est ça! gronda mère Noblet en passant à son tour devant la marchande. C'est à moi la faute! elle va me demander une rente. Je connais mon affaire... Et la maison est abîmée!... parce qu'on laisse entrer des communiantes, et des collèges, et des tourlourous, la misère! et des nourrices, la grêle! Il sera bientôt permis d'amener des chiens enragés, va comme je te pousse! Ce n'est pas moi qui défendrai le gouvernement, si on fait des barricades!
On marchait. De tous côtés les gens accouraient sur la place pour voir. Voir! la passion des grands et des petits! Et ils voyaient Lily aller, échevelée, admirablement belle dans ses larmes.
Et dès qu'on avait prononcé le nom de Petite-Reine, ils comprenaient. C'était le quartier. La plupart connaissaient Petite-Reine. Vous eussiez dit un deuil public. Il y en avait qui pleuraient, des femmes, des hommes aussi, quand Lily les regardait de ses grands yeux baignés, et en gémissant:
—Je ne l'ai plus! ils me l'ont volée! c'est vrai! c'est vrai! c'est vrai!