Ils gagnaient leur vie à cela. C'était la faute du temps et des mœurs, bien plus encore que leur faute à eux.
En ce siècle si grand qu'illuminait tant de gloire, il n'y avait guère de brillant qu'une certaine couche superficielle, au-dessous de laquelle était le chaos.
Encore cette couche du dessus avait-elle bien des taches parmi ses paillettes et sur son brocart!
La guerre avait tout démoralisé, depuis le haut jusqu'au bas.
La guerre était mercenaire au premier chef. On peut bien le dire, pour la plupart des généraux comme pour les derniers soldats, l'épée était purement un outil.
Et la vaillance un gagne-pain.
Cocardasse et Passepoil aimaient leur petit Parisien, qui les dépassait de la tête. Quand l'affection naît dans ces cœurs pervertis, elle est tenace et forte.
Cocardasse et Passepoil, d'ailleurs, et à part cette affection dont nous savons l'origine, n'étaient nullement incapables de bien faire. Il y avait de bons germes en eux, et l'affaire du petit orphelin de l'hôtel ruiné de Lagardère n'était pas la seule bonne action qu'ils eussent faite en leur vie au hasard et par mégarde.
Mais leur tendresse pour Henri était leur meilleur sentiment, et, quoiqu'il s'y mêlât bien quelque peu d'égoïsme, puisqu'ils se miraient tous deux dans leur glorieux élève, on peut dire que leur amitié n'avait point l'intérêt pour mobile. Cocardasse et Passepoil auraient volontiers exposé leur vie pour l'amour de Lagardère.