Aussi la fièvre du triomphe commençait à les emporter. Sans le savoir, et surtout sans le vouloir, ils s'éloignaient parfois de leur poste pour aborder le front des spadassins. Le cercle de cadavres et de blessés qui était autour d'eux ne prouvait-il pas assez clairement leur supériorité? Cette vue les exaltait. La prudence s'enfuit quand l'ivresse va naître. C'était l'heure du véritable danger.

Ils ne voyaient point que tous ces cadavres et ces gens hors de combat étaient des auxiliaires mis en avant pour les lasser. Les maîtres d'armes restaient debout, sauf un seul, Staupitz, qui n'était qu'évanoui.

Les maîtres d'armes se tenaient à distance; ils attendaient leur belle. Ils s'étaient dit:

—Séparons-les seulement, et, s'ils sont de chair et d'os, nous les aurons.

Toute leur manœuvre, depuis quelques instants, tendait à attirer en avant un des deux champions, tandis qu'on maintiendrait l'autre acculé à la muraille.

Joël de Jugan, blessé deux fois, Faënza, Cocardasse et Passepoil furent chargés de Lagardère; les trois Espagnols allèrent contre Nevers.

La première bande devait lâcher pied à un moment donné; l'autre, au contraire, devait tenir quand même. Elles s'étaient partagé le restant des auxiliaires.

Dès le premier choc, Cocardasse et Passepoil se mirent en arrière. Joël et l'Italien, sujet de notre saint-père, reçurent chacun un horion bien appliqué. En même temps, Lagardère, se retournant, balafra le visage du Tueur, qui serrait de trop près M. de Nevers.

Un cri de sauve qui peut se fit entendre.

—En avant! dit le Parisien bouillant.