Vers la fin de cet été, Gonzague avait parlé pour la première fois de régulariser cette position, et de convoquer un tribunal de famille qui pût régler les questions d'intérêt pendantes.

Mais il avait tant à faire, et il était si riche!

Un exemple. Tous ces ouvriers que nous venons de voir entrer à l'ancien hôtel de Nevers étaient à lui: tous, les charpentiers, les menuisiers, les maçons, les terrassiers, les serruriers. Ils avaient tout bonnement mission de mettre l'hôtel sens dessus dessous.

Une superbe demeure pourtant, et que Nevers après Mercœur, Gonzague lui-même après Nevers, s'étaient plu à embellir. Trois corps de logis, ornés d'arcades pyramidales figurées sur toute la longueur du rez-de-chaussée, avec une galerie régnante au premier étage, une galerie formée d'entrelacs sarrasins qui faisaient honte aux guirlandes légères de l'hôtel de Cluny, qui laissaient bien loin derrière eux les basses frises de l'hôtel de la Tremouille.

Les trois grandes portes, taillées en cintre surbaissé dans le plein de l'ogive pyramidale, laissaient voir des péristyles restaurés par Gonzague dans le style florentin, de belles colonnes de marbre rouge, coiffées de chapiteaux fleuris, debout sur leurs socles larges et carrés, chargés de quatre lions accroupis aux angles.

Au-dessus de la galerie, le corps de logis faisant face au portail avait deux étages de fenêtres carrées; les deux ailes, de même hauteur pourtant, ne portaient qu'un étage aux croisées hautes et doubles, terminées, au-dessus du toit, par des pignons à quatre pans en façon de mansardes.

A l'angle rentrant formé par le corps de logis et l'aile orientale, une merveilleuse tourelle se collait, supportée par trois sirènes dont les queues s'entortillaient autour du cul-de-lampe. C'était un petit chef-d'œuvre de l'art gothique, un bijou de pierre sculptée.

L'intérieur, restauré savamment, offrait une longue série de magnificences: Gonzague était orgueilleux et artiste à la fois.

La façade qui donnait sur le jardin datait de cinquante ans à peine. C'était une ordonnance de hautes colonnes italiennes supportant les arcades d'un cloître régnant. Le jardin immense, ombreux et peuplé de statues, allait rejoindre à l'est, au sud et à l'ouest les rues Quincampoix, Aubry-le-Boucher et Saint-Denis.

Paris n'avait pas de palais plus princier. Il fallait donc que Gonzague, prince, artiste et orgueilleux, eût un bien grave motif pour bouleverser tout cela.