—A la santé du petit Parisien! à la santé de Lagardère! s'écrièrent-ils ensemble.

Carrigue et ses hommes levèrent leurs tasses avec enthousiasme. On but debout. Les prévôts n'en purent point donner le démenti.

—Mais, par le diable! reprit Joël de Jugan, le bas Breton, en posant son verre, apprenez-nous donc au moins ce que c'est que votre Lagardère!

—Les oreilles nous en tintent, ajouta Saldagne. Qui est-il? d'où vient-il? que fait-il?

—Mon bon, répondit Cocardasse, il est gentilhomme aussi bien que le roi; il vient de la rue Croix-des-Petits-Champs; il fait des siennes. Êtes-vous fixés?... Si vous en voulez plus long, versez à boire.

Passepoil lui emplit son verre, et le Gascon reprit, après s'être un instant recueilli:

—Ce n'est pas une bien merveilleuse histoire, ou plutôt cela ne se raconte pas. Il faut le voir à l'œuvre. Quant à sa naissance, j'ai dit qu'il était plus noble que le roi, et je n'en démordrai pas; mais, en somme, on n'a jamais connu ni son père ni sa mère. Quand je l'ai rencontré, il avait douze ans; c'était dans la cour des Fontaines, devant le Palais-Royal. Il était en train de se faire assommer par une demi-douzaine de vagabonds plus grands que lui. Pourquoi? Parce que ces jeunes bandits avaient voulu dévaliser la petite vieille qui vendait des talmouses sous la voûte de l'hôtel Montesquieu. Je demandai son nom.

»—Le petit Lagardère.

»—Et ses parents?

»—Il n'a pas de parents.