Saldagne montra l'enfant à ses compagnons.
—Parbleu! s'écria Carrigue, voilà un gibier que nous avons déjà couru. Il a éreinté nos chevaux tantôt. Le gouverneur de Vénasque a des espions ainsi faits, et nous allons nous emparer de celui-ci.
—D'accord, répliqua le Gascon; mais je ne crois pas que ce jeune drôle appartienne au gouverneur de Vénasque. Il y a d'autres anguilles sous roche de ce côté-ci, monsieur le volontaire, et ce gibier-là est pour nous, soit dit sans vous offenser.
Chaque fois que le Gascon prononçait cette formule impertinente, il regagnait un point auprès de ses amis les prévôts.
On arrivait de deux manières au fond du fossé: par la route charretière et par un escalier à pic pratiqué à la tête du pont. Nos gens se partagèrent en deux troupes et descendirent par les deux chemins à la fois. Quand le pauvre enfant se vit ainsi cerné, il n'essaya point de fuir, et les larmes lui vinrent aux yeux.
Sa main se plongea furtivement sous le revers de son justaucorps.
—Mes bons seigneurs! s'écria-t-il, ne me tuez pas... Je n'ai rien! je n'ai rien!
Il prenait nos gens pour de purs et simples brigands. Ils en avaient bien l'air.
—Ne mens pas! dit Carrigue, tu as passé les monts, ce matin?
—Moi?... fit le page; les monts?