La jeune fille, cependant, eût bien voulu savoir ce qu'il y avait derrière cette porte close; Françoise Berrichon en mourait d'envie, bien que ce fût une femme discrète et prudente.—Quant au petit Jean-Marie, il aurait donné deux doigts de sa main pour mettre seulement son œil à la serrure.
Mais la serrure avait par derrière une plaque qui interceptait le regard.
Une seule créature humaine partageait, au sujet de cette chambre, le secret si bien gardé de maître Louis. C'était le bossu.
On avait vu le bossu entrer dans la chambre et en sortir.
Mais, comme si tout ce qui se rapportait à ce mystère devait être inexplicable et bizarre, chaque fois que le bossu rentrait dans la chambre, on en voyait bientôt sortir maître Louis. Réciproquement, après l'entrée de maître Louis, le bossu sortait parfois tout à coup.
Jamais personne n'avait vu réunis ces deux amis inséparables.
Parmi les voisins curieux était un poëte, habitant naturellement le dernier étage de la maison; ce poëte, après avoir mis son esprit à la torture, expliqua aux commères de la rue du Chantre qu'à Rome les prêtresses de Vesta, Ops, Rhée ou Cybèle, la Bonne Déesse, fille du Ciel et de la Terre, femme de Saturne et mère des dieux, étaient chargées d'entretenir un feu sacré qui jamais ne devait s'éteindre. En conséquence, au dire du poëte, ces demoiselles se relayaient: quand l'une veillait au feu, l'autre allait à ses affaires.
Le bossu et maître Louis devaient très-certainement avoir fait entre eux quelque pacte analogue. Il y avait là-haut quelque chose qu'on ne pouvait quitter d'une seconde: maître Louis et le bossu montaient la garde à tour de rôle auprès de ce quelque chose-là.
C'étaient deux façons de vestales, sauf le sexe et le baptême.
La version du poëte ne fut pas sans avoir du succès. Il passait pour être un peu fou; désormais, on le regarda comme un parfait idiot.