»Ses yeux étaient toujours sur moi; en me berçant, il souriait.

»Je n'ai qu'à fermer mes yeux pour le revoir ainsi, mon ami, mon père, mon noble Henri!—L'aimez-vous à présent, ma mère?

»Avant le sommeil ou après, selon mon caprice, car j'étais reine, le dîner était servi sur l'herbe. Un peu de pain noir dans du lait.

»Souvenez-vous de vos plus délicieux festins, ma mère. Vous me les décrirez, à moi qui ne les connais pas. Je suis bien sûre que nos fêtes valaient mieux que les vôtres. Notre pain, notre lait! le dictame, trempé dans l'ambroisie! La joie du cœur, les bonnes caresses, le rire fou à propos de rien, les chers enfantillages, les chansons, que sais-je?

»Puis le jeu encore: il voulait me faire forte et grande.

»Puis, le long de la route, au retour, la calme causerie, interrompue par cette fleur qu'il fallait conquérir, par ce papillon brillant qu'on voulait faire captif, par cette blanche chèvre qui bêlait là-bas comme si elle eût demandé une caresse.

»Dans ces entretiens, il formait à mon insu mon esprit et mon cœur. Il lisait en cachette et se faisait femme pour m'instruire. J'appris à connaître Dieu et l'histoire de son peuple, les merveilles du ciel et de la terre.

»Parfois, dans ces instants où nous étions seuls tous deux, j'essayai de l'interroger et de savoir ce qu'était ma famille.—Souvent, je lui parlai de vous, ma mère.

»Il devenait triste et ne répondait pas.

»Seulement, il me disait: