Il était comme ce prince des contes de l'enfance qui naît dans un berceau d'or entouré de fées amies. Les fées lui donnent tout, à cet heureux petit prince, tout ce qui peut faire la gloire et le bonheur d'un homme.—Mais on a oublié une fée; celle-ci se fâche; elle arrive en colère et dit: «Tu garderas tout ce que nos sœurs t'ont donné, mais...»

Ce mais suffit pour rendre le petit prince malheureux entre les plus misérables.

Gonzague était beau, Gonzague était puissamment riche, Gonzague était de race souveraine; il avait de la bravoure, ses preuves étaient faites; il avait de la science et de l'intelligence; peu d'hommes maniaient la parole avec autant d'autorité que lui; sa valeur diplomatique était connue et cotée fort haut; à la cour, tout le monde subissait son charme; mais...

Mais il n'avait ni foi ni loi et son passé tyrannisait déjà son présent.

Il n'était plus le maître de s'arrêter sur la pente où il avait mis le pied dès ses plus jeunes années; fatalement, il était entraîné à mal faire pour couvrir et cacher ses anciens méfaits.

C'eût été une riche organisation pour le bien; c'était pour le mal une machine vigoureuse. Rien ne lui coûtait. Après vingt-cinq ans, il ne sentait point encore de fatigues.

Quant au remords, Gonzague n'y croyait pas plus qu'à Dieu.

Nous n'avons pas besoin d'apprendre au lecteur que dona Cruz était pour lui un instrument, instrument fort habilement choisi et qui, selon toute apparence, devait fonctionner à merveille.

Gonzague n'avait point pris cette jeune fille au hasard. Il avait hésité longtemps avant de fixer son choix. Dona Cruz réunissait toutes les qualités qu'il avait rêvées, y compris certaine ressemblance assez vague assurément, mais suffisante pour que les indifférents pussent prononcer ce mot si précieux: «Il y a un air de famille