Peu à peu, son front se rembrunissait comme si une pensée terrifiante se fût emparée de lui.
—Il n'y a pas à se faire illusion, dit-il en cessant de travailler pour réfléchir encore:—la vengeance du régent serait implacable... il est léger, il est oublieux, mais il se souvient de Philippe de Nevers, qu'il aimait plus qu'un frère... j'ai vu des larmes dans ses yeux quand il regardait ma femme en deuil... la veuve de Nevers!—Mais quelle apparence!... s'interrompit-il. Il y a dix-neuf ans... Et pas une voix ne s'est élevée contre moi!...
Il passa le revers de la main sur son front comme pour chasser cette obsédante pensée.
—C'est égal! conclut-il,—j'aviserai à cela... je trouverai un coupable... et, le coupable puni, tout sera dit: je dormirai tranquille!
Parmi les papiers étalés devant lui et presque tous écrits en chiffres, il y en avait un qui portait:
«Savoir si madame de Gonzague croit sa fille morte ou vivante.»
Et au-dessous:
«Savoir si l'acte de naissance est en son pouvoir.»
—Pour cela, il faudrait qu'elle vînt, pensa Gonzague; je donnerais cent mille livres pour savoir seulement si elle a l'acte de naissance... ou même si l'acte de naissance existe; car, s'il existait je l'aurais.—Et qui sait? reprit-il emporté par ses espoirs renaissants,—qui sait!... Les mères sont un peu comme ces bâtards dont je parlais tout à l'heure et qui voient partout leurs parents... Les mères voient partout leurs enfants... je ne crois pas le moins du monde à l'infaillibilité des mères... Qui sait? trompée elle-même la première, elle va peut-être ouvrir les bras à ma petite gitana.—Ah! par exemple, s'interrompit-il, victoire! victoire en ce cas-là!... des fêtes, des cantiques d'actions de grâces, des banquets... salut à l'héritière de Nevers!...
Il riait.—Quand son rire cessa, il poursuivit: