La Baleine avait beau se baisser, son dos était toujours trop haut pour faire un pupitre commode.

Seulement, la Baleine avait annoncé franchement qu'elle dévorerait tout Jonas qui lui ferait concurrence. Cette menace arrêtait tous les bossus de la capitale.

La Baleine était de taille et de vigueur à les avaler tous les uns après les autres.

Ce n'était pas un garçon méchant que ce la Baleine, mais il buvait six ou huit pots de vin par jour, et le vin était cher en cette année 1717.

Quand notre bossu, adjudicataire de la niche, vint prendre possession de son domaine, on rit beaucoup dans les jardins de Nevers. Toute la rue Quincampoix vint le voir. On le baptisa du premier coup Ésope II, et son dos à gibbosité parfaitement confortable, eut un succès fou.

Mais la Baleine gronda; Médor aussi.

La Baleine vit tout de suite dans Esope II un rival vainqueur. Comme Médor était aussi maltraité que lui, ces deux grandes rancunes s'unirent entre elles! La Baleine devint le protecteur de Médor, dont les longues dents se montraient de haut en bas, chaque fois qu'il voyait le nouveau possesseur de sa niche.

Tout ceci était gros d'événements tragiques. On ne douta pas un seul instant que le bossu ne fût destiné à devenir la pâture de la Baleine.

En conséquence, pour se conformer aux traditions bibliques, on lui donna le second sobriquet de Jonas.

Personne ne savait son vrai nom. C'était Ésope II, dit Jonas.