Cocardasse junior et Amable Passepoil étaient maîtres absolus du terrain.
X
—Deux dominos.—
Au dehors, dans la rue du Chantre, les boutiques étaient toutes fermées. Parmi les commères, celles qui ne dormaient pas encore faisaient foule et tapage à la porte du Palais-Royal. La Guichard et la Durand, madame Balahault et madame Morin étaient toutes les quatre du même avis: jamais on n'avait vu entrer tant et de si riches toilettes aux fêtes de Son Altesse! Toute la cour était là.
Madame Balahault, qui était une personne considérable, jugeait en dernier ressort les toilettes, préalablement discutées par madame Morin, la Guichard et la Durand.
Puis, par une transition habile, on arrivait aux personnes, après avoir épluché la soie et les dentelles. Parmi toutes ces belles dames, il en était bien peu qui eussent conservé, aux yeux de madame Balahault, la robe nuptiale dont parle l'Écriture.
Mais ce n'était plus déjà pour les dames que nos commères se pressaient aux abords du Palais-Royal, bravant les invectives des porteurs et des cochers, défendant leurs places contre les tard-venus et piétinant dans la boue avec une longanimité digne d'éloges; ce n'était pas non plus pour les princes ou les grands seigneurs. On était blasé sur les dames; on avait eu des grands seigneurs et des princes en veux-tu en voilà! On avait vu passer madame de Soubise avec madame de la Ferté, les deux belles la Fayette, la jeune duchesse de Rosny, cette blonde aux yeux noirs qui brouilla le ménage d'un fils de Louis XIV.—Les demoiselles de Bourbon-Busset, cinq ou six Rohan de divers poils, des Broglie, des Chastellux, des Bauffremont, des Choiseul, des Coigny et le reste. On avait vu passer M. le comte de Toulouse, frère de M. du Maine, avec la princesse sa femme. Les présidents ne se comptaient plus, les ministres marquaient à peine; on regardait à peine les ambassadeurs.
La foule restait pourtant et s'augmentait de minute en minute. Qu'attendait donc la foule? Elle n'eût pas montré tant de persévérance pour M. le régent lui-même!