Si M. Law payait les violons en son propre honneur, c'était un homme qui entendait bien la publicité, voilà tout. Il eût mérité de vivre de nos jours d'habileté, où tel écrivain s'est fait une renommée en achetant tous les exemplaires des quatorze premières éditions de son livre, si bien que la quinzième a fini par se vendre ou à peu près,—où tel dentiste, pour gagner vingt mille francs, dépense dix mille écus en annonces,—où tel directeur de théâtre met chaque soir trois ou quatre cents humbles amis dans sa salle pour prouver à deux cent cinquante spectateurs vrais que l'enthousiasme n'est pas mort en France.
Ce n'est pas seulement à titre d'inventeur de l'agio que ce bon M. Law peut être regardé comme le véritable précurseur de la banque contemporaine.
Cette fête était pour lui; cette fête avait pour but de glorifier son système et aussi sa personne. Pour que la poudre qu'on jette aille bien dans les yeux éblouis, il faut la jeter de haut. Ce bon monsieur Law avait senti le besoin d'un piédestal d'où il pût mieux jeter sa poudre. On devait cuire une nouvelle fournée d'actions le lendemain.
Comme l'argent ne lui coûtait rien, il fit sa fête splendide.
Nous ne parlerons point des salons du Palais, décorés pour cette circonstance avec un luxe inouï. La fête était surtout dans le jardin, malgré la saison avancée. Le jardin était entièrement tendu et couvert. La décoration générale représentait un campement de colons dans la Louisiane, sur les bords du Mississipi, ce fleuve d'or. Toutes les serres de Paris avaient été mises à contribution pour composer des massifs d'arbustes exotiques: on ne voyait partout que fleurs tropicales et fruits du paradis terrestre. Les lanternes qui pendaient à profusion aux arbres et aux colonnes étaient des lanternes indiennes; on se le disait; seulement les tentes des Indiens sauvages, jetées çà et là, semblaient trop jolies.
Mais les amis de M. Law allaient répétant:
—Vous ne vous figurez pas comme les naturels de ce pays sont avancés!
Une fois admis le style un peu fantastique des tentes, il est certain que tout était d'un rococo délicieux. Il y avait des lointains ménagés, des forêts sur toile, des rochers de carton à l'aspect terrible, des cascades qui écumaient comme si l'on eût mis du savon dans leur eau.
Le bassin central était surmonté de la statue allégorique du Mississipi, qui avait un peu les traits de ce bon M. Law. Ce dieu tenait une arme d'où l'eau s'échappait: derrière le dieu, dans le bassin même, on avait placé une machine ayant mission de figurer une de ces chaussées que construisent les castors dans les cours d'eau de l'Amérique septentrionale.
M. de Buffon n'avait pas encore fait l'histoire de ces intéressants animaux, ingénieux, méthodiques et rangés comme des élèves de l'école Polytechnique.