»—Ma petite Aurore, tu auras une sœur.

»Ceci alla très-bien pendant un mois. Flor avait désiré être instruite dans la religion chrétienne. Elle fut baptisée au couvent de l'Incarnation et fit sa première communion avec moi dans la chapelle des Mineurs. Elle était pieuse à sa façon et de bon cœur, mais les religieux de l'Incarnation, dont elle dépendait en sa qualité de convertie, voulaient une autre piété.

»Ma pauvre Flor—ou plutôt Maria de la Santa-Cruz—ne pouvait leur donner ce qu'elle n'avait point.

»Un beau matin, nous la vîmes avec son ancien costume de gitanita. Henri se mit à sourire, et lui dit:

»—Gentil oiseau, tu as bien tardé à prendre ta volée!

»Moi je pleurais, ma mère, car je l'aimais, ma chère petite Flor; je l'aimais de toute mon âme!

»Quand elle m'embrassa, les larmes lui vinrent aux yeux aussi, mais c'était plus fort qu'elle. La petite sauvage étouffait dans notre maison. Elle partit en promettant bien de revenir.—Hélas! le soir, je la vis sur la Plaza-Santa, au milieu d'un groupe de gens du peuple. Elle dansait au son d'un tambour de basque, avant de dire la bonne aventure aux passants.

»Nous demeurions au revers de la Calle Real dans une petite rue de modeste apparence, dont les derrières donnaient sur de vastes et beaux jardins.

»C'est parce que je suis Française, ma mère, que je ne regrette pas à Paris le climat enchanté de Madrid.