»Mon ami avait changé; ses manières n'étaient plus les mêmes. Je le trouvais froid toujours et parfois bien triste. Il semblait qu'il y eût désormais une barrière entre nous.
»Je vous l'ai dit, ma mère, une explication avec Henri était chose impossible. Henri garde mon secret même vis-à-vis de moi.
»Je devinais bien qu'il souffrait et qu'il se consolait par le travail. De tous côtés, on venait solliciter son aide. L'aisance était chez nous, presque le luxe. Les armuriers de Madrid mettaient en quelque sorte le Cincelador aux enchères.
»Medina-Sidonia, le favori de Philippe V, avait dit: J'ai trois épées; la première est d'or, je la donnerais à mon ami; la seconde est ornée de diamants, je la donnerais à ma maîtresse; la troisième est d'acier bruni, mais el Cincelador l'a taillée: je ne la donnerais qu'au roi!
»Les mois s'écoulèrent. Je pris de la tristesse. Henri s'en aperçut et devint malheureux...
»....... Ma chambre donnait sur ces immenses jardins qui étaient derrière la Calle-Réal. Le plus grand et le plus beau de ces jardins appartenait à l'ancien palais du duc d'Ossuna, tué en duel par M. de Favas, gentilhomme de la reine. Depuis la mort du maître, le palais était désert.
»Un jour, je vis se relever les jalousies tombées. Les salles vides s'emplirent de meubles somptueux, et de magnifiques draperies flottèrent aux croisées.—En même temps, le jardin abandonné s'emplit de fleurs nouvelles.
»Le palais avait un hôte.
»J'étais curieuse comme toutes les recluses. Je voulus savoir son nom... Quand j'appris ce nom, il me frappa.—Celui qui venait habiter le palais d'Ossuna se nommait Philippe de Mantoue, prince de Gonzague.