—Et cet homme s'appelait?

—Vous le savez bien, monseigneur... Cet homme s'appelait Philippe de Lorraine, duc de Nevers.

Le régent laissa tomber sa tête sur sa poitrine.

—Voilà vingt ans de cela!... murmura-t-il d'une voix véritablement altérée; je n'ai rien oublié... rien!... Je l'aimais, mon pauvre Philippe... il m'aimait!... Depuis qu'on me l'a tué, je ne sais pas si j'ai touché la main d'un ami sincère!...

Le bossu le dévorait du regard. Une émotion puissante était sur ses traits.—Un instant, il ouvrit la bouche pour parler, mais il se contint par un violent effort. Son visage redevint impassible.

Philippe d'Orléans se redressa et dit avec lenteur:

—J'étais le plus proche parent de M. le duc de Nevers... Ma sœur a épousé son cousin, M. le duc de Lorraine... Comme prince et comme allié, je dois protection à sa veuve qui, du reste, est la femme d'un de mes plus chers amis... Si sa fille existe, je promets qu'elle sera une riche héritière, et qu'elle épousera un prince si elle veut... Quant au meurtre de mon pauvre Philippe, on dit que je n'ai qu'une vertu, c'est l'oubli de l'injure... Et cela est vrai: la pensée de la vengeance naît et meurt en moi à la même minute... Mais moi aussi, je fis un serment, quand on vint me dire: Philippe est mort... A l'heure qu'il est, je conduis l'État... Punir l'assassin de Nevers ne sera plus vengeance, mais justice!

Le bossu s'inclina en silence. Philippe d'Orléans reprit:

—Il me reste plusieurs choses à savoir... Pourquoi ce Lagardère a-t-il tardé si longtemps à s'adresser à moi?