—Cela vous donne espoir, madame, s'interrompit-il,—vous respirez plus à l'aise... quand elle saura quelle distance nous sépare tous les deux.

—Le saura-t-elle seulement?... fit madame de Gonzague avec défiance.

—Elle le saura, madame... Si je la veux libre de son côté, pensez-vous que ce soit pour l'enchaîner du mien?... Dites-moi, la main sur votre conscience: Par la mémoire de Nevers, ma fille vivra près de moi, en toute liberté et sûreté... Dites-moi cela, et je vous la rends!...

La princesse était loin de s'attendre à cette conclusion, et cependant elle ne fut point désarmée. Elle crut à quelque stratagème nouveau: elle voulut opposer la ruse à la ruse.

Sa fille était au pouvoir de cet homme. Ce qu'il fallait, c'était ravoir sa fille.

—J'attends, dit Lagardère voyant qu'elle hésitait.

La princesse lui tendit la main tout à coup. Il fit un geste de surprise.

—Prenez, dit-elle, et pardonnez à une pauvre femme qui n'a jamais vu autour d'elle que des ennemis et des pervers. Si je me suis trompée, monsieur de Lagardère, je vous ferai réparation à deux genoux...

—Madame...

—Je l'avoue, je vous dois beaucoup... Ce n'était pas ainsi que nous devions nous revoir, monsieur de Lagardère... Peut-être avez-vous eu tort de me parler comme vous l'avez fait... Peut-être, de mon côté, ai-je montré trop d'orgueil... Je sais que j'ai de l'orgueil... J'aurais dû vous dire tout de suite que les paroles prononcées par moi devant le conseil de famille étaient à l'adresse de M. de Gonzague et provoquées par l'esprit même de cette jeune fille qu'on me donnait pour mademoiselle de Nevers. Je me suis irritée trop vite... Mais la souffrance aigrit, vous le savez bien... Et moi, j'ai tant souffert!...