—Peste! fit le duc—il faudra bien que nous voyions ce mystérieux et romanesque personnage... Il est capable d'avoir un succès fou à la cour, et de ramener la mode perdue des chevaliers errants!... Combien de temps nous faudra-t-il l'attendre?

—Deux heures.

—C'est au mieux!... Il servira d'intermède entre le ballet indien et le souper sauvage... Cela n'est point dans le programme...

Le valet entra. Il apportait le sauf-conduit, contre-signé par le ministre Le Blanc et M. de Machault.

Le régent remplit lui-même les blancs et signa.

—M. de Lagardère,—reprit-il tout en écrivant,—n'avait point commis de ces fautes qu'on ne puisse pardonner. Le feu roi était sévère à l'endroit des duels; il avait raison. Les mœurs ont changé, Dieu merci! depuis ce temps, et les rapières tiennent mieux dans le fourreau... La grâce de M. de Lagardère sera enregistrée demain, et voici le sauf-conduit.

Le bossu avança la main. Le régent ne lâcha point encore l'acte.

—Vous préviendrez M. de Lagardère que toute violence de sa part rompra l'effet de ce parchemin.

—Le temps de la violence est passé, prononça le bossu avec une sorte de solennité.

—Qu'entendez-vous par là, monsieur?