La grande porte qui donnait sur le jardin avait été ouverte.

Tout ceci respirait une méchante odeur de guet-apens.

Lagardère n'y fit pas attention seulement. Il avait les défauts de sa vaillance; il se croyait invulnérable.

Il marcha droit à M. de Gonzague qui croisa l'épée devant lui.

—Ne soyons pas si pressé, M. de Lagardère, dit-il; nous avons à causer... Toutes les issues sont fermées et personne ne nous écoute, sauf ces amis dévoués... ces autres nous-mêmes... Nous pouvons, par la sambleu! parler à cœur ouvert.

Il riait d'un rire sarcastique et méchant.

Lagardère s'arrêta et croisa ses bras sur sa poitrine.

—Le régent vous ouvre les portes, reprit Gonzague, mais moi je vous les ferme... J'étais l'ami de Nevers comme le régent, et j'ai bien aussi le droit de venger sa mort... Ne m'appelez pas infâme! s'interrompit-il; c'est peine perdue... nous savons que les perdants injurient toujours au jeu... M. de Lagardère, voulez-vous que je vous dise une chose qui va mettre votre conscience bien à l'aise?... Vous croyez avoir fait un mensonge, un gros mensonge, en disant qu'Aurore n'était pas en votre pouvoir...

La figure d'Henri s'altéra.

—Eh bien! reprit Gonzague, jouissant cruellement de son triomphe, vous n'avez commis qu'une toute petite inexactitude... une nuance! un rien!... Si vous aviez mis plus au lieu de pas... si vous aviez dit: Aurore n'est plus en mon pouvoir...