I
—Encore la maison d'or.—
On avait travaillé toute la nuit à l'hôtel de Gonzague. Les cases étaient faites. Dès le matin, chaque marchand était venu meubler ses quatre pieds carrés. La grande salle elle-même avait ses loges toutes neuves et l'on y respirait l'âpre odeur du sapin raboté.
Dans les jardins, l'installation était complète aussi. Rien n'y restait des magnificences passées. Quelques arbres déshonorés s'élevaient à peine çà et là; quelques statues aux carrefours des cinq ou six rues de cabanes qu'on avait percées sur l'emplacement des parterres.
Au centre d'une petite place, située non loin de l'ancienne niche de Médor et tout en face du perron de l'hôtel, on voyait encore, sur un piédestal de marbre, une statue mutilée de la Pudeur.
Le hasard a de ces moqueries.—Qui sait si l'emplacement de notre Bourse actuelle ne servira pas, dans les siècles à venir, à quelque monument honnête?
Et tout cela était plein dès l'aube. Il n'y avait point alors d'agents de change, mais les courtiers ne manquaient pas. L'art en enfance était déjà l'art. On s'agitait, on se démenait, on vendait, on achetait, on mentait, on volait:—on faisait des affaires.
Les fenêtres de madame la princesse de Gonzague qui donnaient sur le jardin étaient fermées et leurs contrevents épais—celles du prince, au contraire, n'avaient que leurs rideaux de lampas broché d'or.
Il ne faisait jour ni chez le prince, ni chez la princesse.