—Je ne me fie à personne, ami Peyrolles, pas même à toi... Si je pouvais tout faire par moi-même, je ne me servirais de personne... Ils se sont enivrés cette nuit; ils ont eu tort; ils le savent... raison de plus pour qu'ils marchent droit... Je les ai fait venir; je leur ai ordonné de me trouver les deux braves qui ont défendu cette nuit la jeune aventurière qui prend le nom d'Aurore de Nevers.

Il ne put s'empêcher de sourire en prononçant ces derniers mots.

Peyrolles resta sérieux comme un croque-mort.

—Et de remuer ciel et terre, acheva Gonzague,—pour savoir si notre bête noire nous a encore échappé.

Il sonna et dit au domestique qui entra:

—Qu'on me prépare ma chaise!—Toi, mon ami Peyrolles, tu vas monter chez madame la princesse, afin de lui porter, selon l'habitude, l'assurance de mon profond respect. Tâche d'avoir de bons yeux: tu me diras quelle physionomie a l'antichambre de madame la princesse, et de quel ton sa camériste t'aura répondu.

—Où retrouverai-je monseigneur?

—Je vais d'abord au pavillon... J'ai hâte de voir notre jeune aventurière... Il paraît qu'elle et cette folle de dona Cruz font une paire d'amies... J'irai ensuite à l'hôtel de M. Law, qui me néglige... puis je me montrerai au Palais-Royal, où mon absence ne ferait pas bien... Qui sait quelles calomnies on pourrait répandre sur mon compte?

—Tout cela sera long...

—Tout cela sera court... J'ai besoin de voir nos amis... nos bons amis... Cette journée ne sera pas oisive, et je médite pour ce soir certain petit souper... Mais nous reparlerons de cela.