—Que faire à ce drôle!... grommela-t-il; allons-nous-en!
Les vieux seigneurs riaient de bon cœur. Nos joueurs s'éloignèrent les uns après les autres.
—Et après avoir montré au doigt, reprit le bossu qui se retourna vers Rohan-Chabot et ses vénérables compagnons, les fabricants de fausses nouvelles, les réaliseurs, les escamoteurs de la hausse, les jongleurs de la baisse... toute l'armée des saltimbanques qui bivaque à l'hôtel de Gonzague, je montrerai encore à M. le régent... au doigt, messieurs, au doigt!... les ambitions déçues, les rancunes envenimées... au doigt!... ceux dont l'égoïsme ou l'orgueil ne peut s'habituer au silence... les cabaleurs inquiets, les écervelés en cheveux blancs qui voudraient ressusciter la Fronde... les suivants de madame du Maine... les habitués de l'hôtel de Cellamare... au doigt!... les conspirateurs ridicules ou odieux qui vont entraîner la France dans je ne sais quelle guerre extravagante pour reconquérir des places perdues ou des honneurs regrettés!... les calomniateurs de ce qui est, les polichinelles qui s'intitulent eux-mêmes les débris du grand siècle, les Géronte...
Le bossu n'avait plus d'auditeurs. Les deux derniers, Barbanchois et la Hunaudaye s'éloignaient clopin-clopant, savoir: le baron de la Hunaudaye, goutteux de la jambe droite; le baron de Barbanchois, podagre de la jambe gauche.
Le petit homme noir eut un rire silencieux.
—Au doigt!... au doigt!... murmura-t-il.
Puis il tira de sa poche un parchemin scellé aux armes de la couronne, et s'assit pour le lire à la table de jeu restée vide.
Le parchemin commençait par ces mots:
«Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, etc.»
Au bas était la signature de Louis, duc d'Orléans, régent, avec les contre-seings du secrétaire d'État le Blanc et de M. de Machault, lieutenant de police.