Madame la duchesse d'Orléans le tenait en haute estime, et ce bon abbé de Fleury, précepteur du jeune roi, devant qui personne ne trouvait grâce, n'était pas éloigné de le regarder comme un saint.
Ce qui s'était passé aujourd'hui même, à l'hôtel de Gonzague, avait été raconté amplement et diversement par les gazetiers de la cour. Ces dames trouvaient en général que la conduite de Gonzague à l'égard de sa femme dépassait les bornes de l'héroïsme. C'était un apôtre que cet homme et un martyr.
Vingt années de souffrance patiente! Vingt années de douceur inépuisable en face d'un infatigable dédain!
L'histoire ancienne a consigné des faits bien moins beaux que celui-là!
Les princesses savaient déjà le magnifique mouvement d'éloquence que M. de Gonzague avait eu devant le conseil de famille. La mère du régent, qui était bon homme, lui donna franchement sa grosse main bavaroise; la duchesse d'Orléans le fit complimenter; la belle petite abbesse de Chelles lui promit ses prières et la duchesse de Berry lui dit qu'il était un niais sublime.
Quant à cette pauvre princesse de Gonzague, on aurait voulu la lapider pour avoir fait le malheur d'un si digne homme!
C'est en Italie, vous le savez bien, que Molière trouva cet admirable nom de Tartufe.
Gonzague, au milieu de sa gloire, aperçut tout à coup, dans l'embrasure d'une porte, la figure longue de M. de Peyrolles. D'ordinaire la physionomie de ce fidèle serviteur ne suait point une gaieté folle, mais aujourd'hui, c'était comme un vivant signal de détresse.
Il était blême, il avait l'air effaré; il essuyait avec son mouchoir la sueur de ses tempes.
Gonzague l'appela. Peyrolles traversa le salon gauchement et vint à l'ordre. Il prononça quelques mots à l'oreille de son maître.