Elle montrait le bossu qui faisait bonne contenance au milieu du groupe des courtisans.

—Mademoiselle de Nevers, répondit Gonzague,—votre rôle en tout ceci est fini... si vous êtes en humeur de déserter vos droits, je suis là, Dieu, merci, pour les sauvegarder... Je suis votre tuteur... Ceux qui nous entourent appartiennent tous au tribunal de famille qui s'est rassemblé hier en mon hôtel... C'en est presque la majorité... Si j'eusse écouté l'avis général, peut-être me serais-je montré moins clément envers une imposture hardie, effrontée... mais j'ai jugé suivant la bonté de mon cœur et les tranquilles habitudes de ma vie... Je n'ai point voulu donner une portée tragique à des choses qui sont du domaine de la comédie.

Il s'arrêta.—Dona Cruz ne comprenait point: ces paroles étaient pour elle de vains sons.

Peut-être Aurore comprenait-elle mieux, car un sourire triste et amer vint autour de ses lèvres.

Gonzague promena son regard sur l'assemblée. Tous les yeux étaient baissés, sauf ceux des femmes qui écoutaient curieusement et ceux du bossu qui semblait attendre impatiemment la fin de cette homélie.

—Je parle ainsi pour vous seule, mademoiselle de Nevers, reprit Gonzague s'adressant toujours à dona Cruz,—car vous seule ici avez besoin d'être persuadée... Mes honorables amis et conseils partagent mon opinion; ma bouche exprime toute leur pensée.

Nul ne protesta. Gonzague poursuivit:

—Ce que j'ai dit précédemment sur mon dessein d'éloigner tout châtiment trop sévère, vous explique la présence de nos belles amies... S'il s'agissait d'une punition proportionnée à sa faute, elles ne seraient point ici...

—Mais quelle faute?... demanda Nivelle,—nous sommes sur le gril, monseigneur!