Elle prit le bras de la gitanita pour regagner sa place première. A chaque instant, elle se tournait vers le lit de jour où sommeillait Aurore, mais je ne sais quel vague sentiment semblait l'en éloigner.

—Elle m'aime, oh! certes! reprit-elle; mais le sourire dont elle se souvient, le sourire penché au-dessus de son berceau, c'est celui de cet homme... qui lui donna les premières leçons... ces chères leçons entremêlées de baisers et de caresses? cet homme... qui lui apprit le nom de Dieu? encore cet homme!... oh! par pitié, Flor, ma chérie, ne lui dis jamais ce qu'il y a en moi de colère, de jalousie, de rancune contre cet homme!...

—Ce n'est pas votre cœur qui parle, madame! murmura dona Cruz.

La princesse lui serra le bras avec une violence soudaine.

—C'est mon cœur!... s'écria-t-elle, c'est tout mon cœur... ils allaient ensemble dans les prairies qui entourent Pampelune, les jours de repos... il se faisait enfant pour jouer avec elle... Est-ce un homme qui doit agir ainsi? cela n'appartient-il pas à la mère? Quand il rentrait après le travail, il apportait un jouet, une friandise... qu'eussé-je fait de mieux si j'avais été pauvre, en pays étranger, avec mon enfant?... Il savait bien qu'il me prenait, qu'il me volait toute sa tendresse!

—Oh! madame!... voulut interrompre la gitanita.

—Vas-tu le défendre? fit la princesse qui lui jeta un regard de défiance; es-tu de son parti?... Je le vois, se reprit-elle avec un amer découragement; tu l'aimes mieux que moi, toi aussi...

Dona Cruz éleva la main qu'elle tenait jusqu'à son cœur.

Deux larmes jaillirent des yeux de la princesse.

—Oh! cet homme! balbutia-t-elle parmi ses pleurs; je suis veuve... il ne me restait que le cœur de ma fille... il m'a pris le cœur de ma fille!...