La cotte de mailles était bouclée. Le prince de Gonzague passa sa veste, son cordon de l'ordre et son frac. Après quoi il mit lui-même le peigne dans ses cheveux avant de passer sa perruque.

—Et ce nigaud de Peyrolles! fit-il en haussant les épaules avec dédain; en voilà un qui voudrait bien être à Madrid ou à Milan seulement!... Riche à millions, le drôle!... on est parfois bien heureux de dégorger ces sangsues... C'est une poire pour la soif...

On frappa trois coups légers à la porte de la bibliothèque.

—Entre, dit Gonzague, je t'attends depuis une heure.

M. de Peyrolles, qui avait pris le temps de faire une seconde toilette, se montra sur le seuil.

—Ne vous donnez pas la peine de me faire des reproches, monseigneur, s'écria-t-il tout d'abord, il y a eu cas de force majeure: je sors de la prison du Châtelet... heureusement que les deux coquins, en prenant la clef des champs, ont atteint parfaitement le but de mon ambassade; on ne les a pas vus à la séance où j'ai témoigné seul... L'affaire est faite... Dans une heure, ce diable d'enfer aura la tête coupée... Cette nuit nous dormirons tranquilles...

Comme M. de Gonzague ne comprenait pas, M. de Peyrolles lui raconta en peu de mots sa mésaventure à la tour neuve et la fuite des deux maîtres d'armes, en compagnie de Chaverny.

A ce nom, le prince fronça le sourcil. Mais il n'était plus temps de s'occuper des détails.

Peyrolles raconta encore la rencontre qu'il avait faite de madame la princesse de Gonzague et d'Aurore au greffe du Châtelet.

—Je suis arrivé trois secondes avant elles au Palais-Royal, ajouta-t-il; c'était assez... monseigneur me doit deux actions de cinq mille deux cents livres, au cours du soir, que j'ai glissées dans la main de M. de Nanty, pour refuser audience à ces dames.