Ce n'étaient point des scélérats; il n'y avait même, à vrai dire, aucun scélérat parmi eux. C'étaient des joueurs fourvoyés.

Si l'on plaide jamais ainsi devant vous la cause de quelque bon garçon, tenez vos mains sur vos goussets.

Gonzague les avait pris comme ils étaient. Ils avaient marché dans la voie de Gonzague, de gré d'abord, ensuite de force.

Le crime ne leur plaisait pas; mais c'était le danger qui, pour la plupart, les refroidissait.

Gonzague savait cela parfaitement. Il ne les eût point troqués pour de plus déterminés coquins. C'était précisément ce qu'il lui fallait.

Ils entrèrent tous à la fois. Ce qui les frappa d'abord, ce fut la triste mine du factotum et l'aspect hautain du maître. Depuis une heure qu'ils attendaient au salon, Dieu sait combien d'hypothèses avaient été mises sur le tapis. On avait examiné à la loupe la position de Gonzague. Quelques-uns étaient venus avec des idées de révolte, car la nuit précédente avait laissé de sinistres impressions dans les esprits; mais il n'était bruit à la cour que de la faveur du prince, parvenue à son apogée. Ce n'était pas le moment de tourner le dos au soleil.

D'autres rumeurs, il est vrai, se glissaient. La rue Quincampoix et la Maison d'or s'étaient énormément occupées aujourd'hui de M. de Gonzague. On disait que des rapports avaient été remis à Son Altesse Royale, et que, durant cette nuit d'orgie qui avait fini dans le sang, la muraille du pavillon avait été de verre.

Mais un fait dominait tout cela. La chambre ardente avait rendu son arrêt. Le chevalier Henri de Lagardère était condamné à mort.

Personne, parmi ces messieurs, n'était sans connaître un peu l'histoire du passé. Il fallait que ce Gonzague fût bien puissant!...

Choisy avait apporté une étrange nouvelle. Ce matin même, le marquis de Chaverny avait été arrêté en son hôtel, et placé dans un carrosse escorté par un exempt et des gardes: voyage connu qui vous faisait arriver à la Bastille, au moyen d'un passe-port nommé lettre de cachet.