—Monseigneur et messieurs, dit Gonzague, ma vie a toujours été au grand jour... les sourdes menées ont beau jeu contre moi: je ne les évente jamais, parce qu'il me manque un sens... celui de la ruse... Vous m'avez vu tout récemment chercher la vérité avec une sorte de passion... cette belle ardeur s'est un peu refroidie... Je me lasse des accusations qui s'accumulent contre moi dans l'ombre... je me lasse de rencontrer toujours sur mon chemin l'aveugle soupçon ou la calomnie abjecte et lâche... J'ai présenté ici celle que j'affirmais... que j'affirme encore et de plus en plus être la véritable héritière de Nevers... Je la cherche en vain à la place où elle devrait s'asseoir... Son Altesse Royale sait que je me suis démis depuis ce matin du soin de sa tutelle... qu'elle vienne ou ne vienne point, peu m'importe... je n'ai plus qu'un souci, c'est de montrer à tous de quel côté se trouvaient la bonne foi, l'honneur, la grandeur d'âme dans cette affaire.
Il prit sur la table le parchemin plié, et ajouta en le tenant à la main:
—J'apporte la preuve indiquée par madame la princesse elle-même: la feuille arrachée au registre de la chapelle de Caylus... Elle est là, sous ce triple cachet... Comme je dépose mes titres, que madame la princesse veuille bien déposer les siens.
Il se rassit après avoir salué une seconde fois l'assemblée.
Quelques chuchotements eurent lieu sur les gradins.—Gonzague n'avait plus ces chaudes approbations de l'autre séance.
Mais quel besoin?—Gonzague ne demandait rien, sinon à faire preuve de loyauté.
Or, la preuve était là, sur la table,—la preuve matérielle et que nul ne pouvait récuser.
—Nous attendons, dit le régent, qui se pencha entre le président de Lamoignon et le maréchal de Villeroi; nous attendons la réponse de madame la princesse.
—Si madame la princesse avait bien voulu me confier ses moyens..., dit le cardinal de Bissy.