—J'en appelais, monseigneur, répliqua la princesse, à une autre amitié... je n'accusais pas: j'implorais... Je disais à Votre Altesse Royale que l'amende honorable au tombeau ne suffisait point...

La physionomie de Gonzague changea.

—Je disais à Votre Altesse Royale, poursuivit la princesse, qu'il y avait une autre amende honorable plus large, plus digne, plus complète... et je la suppliais d'ordonner qu'ici même, en l'hôtel de Nevers, où nous sommes, devant le chef de l'État, devant cette illustre assemblée, le condamné entendît, à genoux, lecture de son arrêt...

Gonzague fut obligé de fermer à demi ses paupières pour cacher l'éclair qui jaillissait de ses yeux.

La princesse mentait. Gonzague le savait bien puisqu'il avait la lettre dans sa poche.

La lettre écrite au régent et interceptée par lui-même, Gonzague.

Dans cette lettre, la princesse affirmait au régent l'innocence de Lagardère et s'en portait garante solennellement.

Pourquoi ce mensonge? Quelle batterie se masquait derrière ce stratagème audacieux?

Pour la première fois de sa vie, Gonzague eut dans les veines ce froid que donne le danger terrible et inconnu. Il sentait sous ses pieds une mine prête à éclater. Mais il ne savait pas où la chercher pour en prévenir l'explosion.

L'abîme était là, mais où? Il faisait nuit, chaque pas pouvait le précipiter au fond.