LE TÉMOIGNAGE DU MORT.
[I]
—La chambre à coucher du régent.—
Il était huit heures du matin, environ. Le marquis de Cossé, le duc de Brissac, le poëte la Fare et trois dames parmi lesquelles le vieux le Bréant, concierge de la cour aux Ris, avait cru reconnaître la duchesse de Berry, venaient de sortir du Palais-Royal par la petite porte dont nous avons parlé déjà plusieurs fois. Le régent était seul avec l'abbé Dubois dans sa chambre à coucher et faisait, en présence du futur cardinal, ses apprêts pour se mettre au lit.
On avait soupé au Palais-Royal comme chez M. le prince de Gonzague: c'était la mode. Mais le souper du Palais-Royal s'était achevé plus gaiement.
De nos jours, des écrivains très-méritants et très-sérieux cherchent à réhabiliter la mémoire de ce bon abbé Dubois, sous différents prétextes: d'abord parce que, disent-ils, le pape le fit cardinal.—Mais le pape ne faisait pas toujours les cardinaux qu'il voulait.
En second lieu, parce que l'éloquent et vertueux Massillon fut son ami. Cette raison serait mieux sonnante s'il était prouvé que les hommes vertueux ne peuvent avoir un faible pour les coquins.
Mais depuis que l'histoire parle, l'histoire s'amuse à prouver le contraire.