La botte était hardie, le coup bien assené: il porta. Le régent de France baissa les yeux sous le regard sévère de Gonzague.
Celui-ci, rompu aux luttes de la parole, avait préparé d'avance son effet. Le récit qu'il allait faire n'était point une improvisation.
—Oseriez-vous dire, murmura le régent,—que j'ai manqué au devoir de l'amitié!
—Non, monseigneur, repartit Gonzague;—forcé que je suis de me défendre, je vais mettre seulement ma conduite en regard de la vôtre... nous sommes seuls... Votre Altesse Royale n'aura point à rougir...
Philippe d'Orléans était remis de son trouble.
—Nous nous connaissons dès longtemps, prince, dit-il;—vous allez très-loin... prenez garde!
—Vous vengeriez-vous, demanda Gonzague qui le regarda en face,—de l'affection que j'ai prouvée à notre frère après sa mort?
—Si l'on vous a fait tort, répliqua le régent,—vous aurez justice..., parlez!
Gonzague avait espéré plus de colère.—Le calme du duc d'Orléans lui fit perdre un mouvement oratoire sur lequel il avait beaucoup compté.
—A mon ami, reprit-il pourtant,—au Philippe d'Orléans qui m'aimait hier et que je chérissais, j'aurais conté mon histoire en d'autres termes; au point où nous en sommes, Votre Altesse Royale et moi, c'est un résumé succinct et clair qu'il faut.