Je vis la jeune fille dont les souvenirs étaient en ce temps-là tout frais. Toutes mes mesures furent prises pour nous emparer d'elle et la ramener en France. Elle était bien joyeuse à l'idée de revoir sa mère.

Le soir fixé pour l'enlèvement, mes gens et moi nous soupâmes sous la tente du chef, afin de ne point inspirer de défiance. On nous avait trahis.—Ces mécréants possèdent d'étranges secrets. Au milieu du souper, notre vue se troubla; le sommeil nous saisit.—Quand nous nous éveillâmes le lendemain matin, nous étions couchés sur l'herbe, dans la gorge du Balandron. Il n'y avait plus autour de nous ni tentes ni campement. Les feux à demi consumés s'éteignaient sous la cendre.

Les gitanos du Léon avaient disparu...

Dans ce récit, Gonzague s'arrangeait de manière à côtoyer toujours la vérité, en ce sens que les dates, les lieux de scène et les personnages étaient exactement indiqués. Son mensonge avait ainsi la vérité pour cadre.

De telle sorte que si on interrogeait Lagardère ou Aurore, leurs réponses ne pussent manquer de se rapporter par quelque point à sa version.

Tous deux, Lagardère et Aurore, étaient, à son dire, des imposteurs. Donc ils avaient intérêt à dénaturer les faits.

Le régent écoutait toujours, attentif et froid.

—Ce fut une belle occasion manquée, monseigneur, reprit Gonzague avec ce pur accent de sincérité qui le faisait si éloquent;—si nous avions réussi, que de larmes évitées dans le passé! que de malheurs conjurés dans le présent!... Je ne parle point de l'avenir, qui est à Dieu!

Je revins à Madrid. Nulle trace des Bohémiens. Lagardère était parti pour un voyage. La gitanita qu'il avait mise à la place de mademoiselle de Nevers était élevée au couvent de l'Incarnation.