—Et pourquoi danger, monseigneur? demanda Gonzague en souriant orgueilleusement; moi, je ne pourrai jamais concevoir qu'on ait été, pendant un quart de siècle, le compagnon, l'ami, le frère d'un homme dont on a si misérable opinion!... Pensez-vous que j'aie falsifié déjà les titres?... L'enveloppe, cachetée de trois sceaux, intacts tous les trois, vous répondra de ma probité douteuse... Les titres sont entre mes mains... je suis prêt à les déposer, contre un reçu détaillé, dans celles de Votre Altesse Royale.
—Ce soir nous vous les réclamerons, dit le duc d'Orléans.
—Ce soir, je serai prêt comme je le suis à cette heure... mais permettez-moi d'achever: après la capture faite, Lagardère était vaincu... Ce déguisement maudit a changé complétement la face des choses... c'est moi-même qui ai introduit l'ennemi chez moi... J'aime le bizarre, vous le savez, et à cet égard, c'est un peu le goût de Votre Altesse Royale qui a fait le mien, du temps que nous étions amis. Ce bossu vint louer la loge de mon chien pour une somme folle; ce bossu m'apparut comme un être fantastique; bref, je fus joué, pourquoi le nier? Ce Lagardère est le roi des jongleurs... une fois dans la bergerie, le loup a montré les dents: je ne voulais rien voir, et c'est un de mes fidèles serviteurs, M. de Peyrolles, qui a pris sur lui de prévenir secrètement madame la princesse de Gonzague.
—Pourriez-vous prouver ceci? demanda le Régent.
—Facilement, monseigneur... par le témoignage de M. de Peyrolles... mais les gardes françaises et madame la princesse arrivèrent trop tard pour mes deux pauvres compagnons Albret et Gironne. Le loup avait mordu...
—Ce Lagardère était-il donc seul contre vous tous!
—Ils étaient quatre, monseigneur, en comptant M. le marquis de Chaverny, mon cousin.
—Chaverny! répéta le régent étonné.
Gonzague répondit hypocritement:
—Il avait connu à Madrid, lors de mon ambassade, la maîtresse de ce Lagardère... Je dois dire à monseigneur que j'ai sollicité et obtenu ce matin, de M. d'Argenson, une lettre de cachet contre lui.