M. de Gonzague vit l'un après l'autre chacun des conseillers et le président. Une mesure qui avait été provoquée par l'avocat du roi: la comparution de la jeune fille enlevée, ne fut point prise en considération; M. de Gonzague avait déclaré que la jeune fille subissait de manière ou d'autre l'influence de l'accusé.

Circonstance aggravante dans un procès de rapt, commis sur l'héritière d'un duc et pair!

On avait tout préparé pour conduire Lagardère à la Bastille: quartier des exécutions de nuit. Le sursis fut cause qu'on lui chercha une prison voisine de la salle d'audience.

C'était au troisième étage de la tour neuve, ainsi nommée, parce que M. de Jancourt en avait achevé la reconstruction à la fin du règne de Louis XIV. Elle était située au nord-ouest du bâtiment, et ses meurtrières regardaient le quai.

Elle occupait juste la moitié de l'emplacement de l'ancienne tour Magne, écroulée en 1670, et dont la ruine mit bas une partie du rempart. On y mettait d'ordinaire les prisonniers du cachet avant de les diriger sur la Bastille.

C'était une construction fort légère en briques rouges et dont l'aspect contrastait singulièrement avec les sombres donjons qui l'entouraient. Au deuxième étage, un pont-levis la reliait à l'ancien rempart, formant terrasse au devant de la grand'chambre.

Les cachots ou plutôt les cellules étaient proprettes et carrelées, comme presque tous les appartements bourgeois d'alors. On voyait bien que la détention n'y pouvait être que provisoire, et, sauf les gros verrous des portes qu'on avait sans doute replacés tels quels, rien n'y sentait la prison d'État.

En mettant Lagardère sous clef, le geôlier lui déclara qu'il était au secret. Lagardère lui proposa vingt ou trente pistoles qu'il avait sur lui pour une plume, de l'encre et une feuille de papier. Le geôlier prit les trente pistoles et ne donna rien en échange. Il promit seulement d'aller les déposer au greffe.

Lagardère, enfermé, resta un instant immobile et comme accablé sous ses réflexions.