Il y avait du monde dans l'oratoire de madame la princesse, beaucoup de monde, bien qu'il fût encore grand matin.—C'était d'abord une belle jeune fille qui dormait, étendue sur un lit de jour. Son visage aux contours exquis restait un peu dans l'ombre; mais le rayon de soleil se jouait dans les masses de ses cheveux bruns, aux fauves et chatoyants reflets. Debout auprès d'elle, se tenait la première camériste de la princesse, la bonne Madeleine Giraud, qui avait les mains jointes et les larmes aux yeux.
Madeleine Giraud venait d'avouer à madame de Gonzague que l'avertissement miraculeux, trouvé dans le livre d'heures, à la page du Miserere, l'avertissement qui disait: Venez défendre votre fille, et qui rappelait, après vingt ans, la devise des rendez-vous heureux et des jeunes amours, la devise de Nevers: J'y suis, avait été placé là par Madeleine elle-même, de complicité avec le bossu. La princesse l'avait embrassée.
Madeleine était heureuse comme si son propre enfant eût été retrouvé.
La princesse s'asseyait à l'autre bout de la chambre. Deux femmes et un jeune garçon l'entouraient.
Auprès d'elle, étaient les feuilles éparses d'un manuscrit avec la cassette qui avait dû les contenir, la cassette et le manuscrit d'Aurore.
Ces lignes écrites dans l'ardent espoir qu'elles parviendraient un jour entre les mains d'une mère inconnue, mais adorée, étaient arrivées à leur adresse. La mère les avait déjà parcourues. On le voyait bien à ses yeux, rouges de bonnes et tendres larmes.
Quant à la manière dont la cassette et le gentil oiseau avaient franchi le seuil de l'hôtel de Gonzague, point n'était besoin de le demander. Une de ces deux femmes était l'honnête Françoise Berrichon, et le jeune garçon qui tortillait sa toque entre ses doigts d'un air malicieux et confus, répondait au nom de Jean-Marie.
C'était le page d'Aurore, le bon enfant bavard et imprudent qui avait entraîné sa grand'mère hors de son poste pour la livrer aux séductions des commères de la rue du Chantre.
L'autre femme se tenait à l'écart. Vous eussiez reconnu sous son voile le visage hardi et gracieux de dona Cruz.
Sur ce visage fripon, il y avait en ce moment une émotion réelle et profonde.